Ah, la chaleur ! Le registre pop-rock la célèbre volontiers en métaphore du désir ou de l’énergie, mais en craint tout autant la réalité, quand elle anéantit créativité et énergie vitale. Bon, on sent bien que Jonathan Dassin (Il fait trop chaud pour travailler) s’en accommode plus facilement que Danielle (È troppo caldo per far l’amore), tandis que Jeanne Cherhal (Canicule) en déplore la torpeur jusqu’à malicieusement y trouver l’excuse de la paresse d’écrire. Et quand cette torpeur s’installe, les jours finissent par se ressembler, entre ennui, lenteur et corps écrasés, comme l’a souvent vécu la Toulousaine Pauline Ester (Il fait chaud).
Car dans la ville minérale, la chaleur devient un piège diurne : sur un titre de The Lovin’ Spoonful, ici magnifiquement repris par The Stranglers (Summer in the City), le salut ne s’envisage qu’à la nuit tombée. Mais dès que la lumière baisse, les artistes reprennent le contrôle : chez The Limiñanas & Laurent Garnier feat. Edi Pistolas (Que Calor !), la moiteur de la discothèque transforme l’étouffement en énergie festive, avant que Glenn Frey (The Heat Is On) ne fasse glisser la température vers la pression et l’intensité. Avec Jungle (The Heat), la chaleur devient plus nettement celle du désir, du corps et de la pulsation urbaine.
Reste que la chaleur n’est pas qu'une expérience corporelle : elle bouscule désormais tout notre environnement. L’énigmatique ZOLTO (Celsius Signals) semble en capter les signaux naturels, voire telluriques, tandis que Troubas Kater & Wael Sami Elkholy (Celsius) referment la boucle sur notre époque et notre futur : en dénonçant le réchauffement climatique en dialecte bernois, ils en soulignent les dégâts jusque dans nos vies les plus locales et intimes.