Ah, la liberté ! Thème très abondant du registre pop-rock, qui aime la chanter comme un idéal absolu et identitaire pour ses auteurs souvent jeunes, mais s’interroge vite aussi sur ses mirages. Stevie Wonder ouvre grand les fenêtres avec Free, célébration lumineuse d’un élan vital sans entraves. Dans un registre plus solennel, nombre d’artistes préfèrent mettre en musique le texte parfait de Paul Éluard, Liberté j’écris ton nom, ici par Nicolas Buffet et Toumani Diabaté. Et beaucoup se rangent avec émotion aux côtés des opprimés, pour qui la liberté est un idéal auquel on peut tout sacrifier, comme dans la B.O. de Django Unchained, avec Anthony Hamilton et Elayna Boynton (Freedom), ou chez Eiffel (Libre), où elle semble une expérience connue seulement de ceux qui ont lutté, voire disparu, pour s’arracher à la domination et aux conventions.
Pourtant, dès Hervé Cristiani, la liberté devient plus étrange : Il est libre Max, certes, mais peut-être parce qu’il s’est inventé un monde à lui, à distance du réel. Chez The Who, I’m Free jaillit comme une délivrance intérieure, presque mystique, tandis qu’Oasis livre dans Whatever la revendication adolescente et joyeuse de vivre selon son propre désir.
Mais la liberté n’est pas qu’objet de célébration fascinée. Georges Moustaki en fait dans Ma liberté une maîtresse exigeante, à laquelle on sacrifie tout, jusqu’à ce que l’amour vienne l’en délivrer… pour une autre servitude. Et The Stranglers (Bear Cage) prétextent l’enclave de Berlin-Ouest pour décrire une liberté claustrophobe, privilège collectif devenu à son tour conventionnel. HK peut alors refermer la marche avec Les âmes libres, hymne fraternel faisant de la liberté non plus une fuite individuelle, mais le ciment d’une aventure commune porteuse d’espoir.