Ah, le train ! Libérateur ou séparateur, il inspire les auteurs pop-rock autant par les expériences qu’ils y vivent que par sa puissance symbolique et sa signature sonore. Kraftwerk en fait la matière même de Trans-Europe Express, s’émerveillant de la liberté de circulation en Europe de l’Ouest et de la culture commune qu’elle permet de construire. Henri Salvador observe avec malice la petite société réunie dans Le wagon, tandis que Jacques Higelin fixe un romanesque Rendez-vous en gare d’Angoulême. Le train devient aussi le décor des départs, attentes et séparations : Raphaël et Pomme confient leur mélancolie au Train du soir, quand Jean-Louis Murat enveloppe Le train bleu d’un halo de désir et de souvenir.
Puis le convoi quitte les quais pour entrer dans le symbole. Chez The Doobie Brothers, le roulement irrésistible de Long Train Runnin’ devient pur élan vital et amoureux. The Kinks, derniers représentants d’un monde révolu dans Last of the Steam-Powered Trains, s’identifient à une locomotive devenue obsolète. Le voyage s’assombrit : The Stranglers font surgir avec Ghost Train un convoi spectral, tandis que Jethro Tull transforme Locomotive Breath en course folle d’une humanité incapable de freiner la machine qu’elle a lancée.
Et au bout de la ligne, toute poésie ferroviaire s’effondre : sous sa mélodie presque enfantine, Les Rita Mitsouko révèlent dans Le petit train de bien tristes convois avançant au rythme glaçant de l’indifférence.